Parce que j'ai toujours su que je te perdrais plus vite que les autres, que je te perdrais jeune, plus jeune que quiconque, parce que c'est ce qui m'angoissait étant petite, de me réveiller un matin et que tu ne sois plus là... j'ai appris en grandissant à vivre avec l'idée que chaque matin tu serais là malgré tout, pour rester à mes cotés, car tu étais fort et invincible pour moi. Mais un matin on se lève et on apprend que tu n'es plus invincible, et que tes jours sont comptés et un matin on se réveille, et tu n'es plus là... le lit et la chambre sont vides de toute présence, ne restent que tes affaires dans les armoires.
Et c'est en discutant avec l'un et l'autre que je m'aperçois bien trop tard que je ne connaissais qu'une toute petite parcelle de toi, que tu étais un très grand homme, digne, et meilleur que la plus part sur cette planète. Un papa tellement fantastique que je n'arrive plus à te voir de la même manière... ton plus grand souhait depuis ma naissance a toujours été d'arriver à m'accompagner au moins jusqu'à mes 20 ans. Apparemment quelqu'un t'a prit au mot... 20 ans, pas une année de plus. Il y a tellement de choses que j'aurais aimé te dire encore. A peine le temps de te dire quel était mon concours secret et t'entendre chuchoter que tu étais content en te voyant esquisser un sourire que tu as sombré dans le brouillard pour ne plus en sortir jusqu'à la fin.. tant de souffrances inhumaines par la suite... trop d'horreur, trop de morphine, trop de souvenirs dans ma mémoire, mais jusqu'au dernier moment nous avons été là à tes cotés, jour et nuit pendant ces 5 longues journées d'agonie...
Mais malgré tout j'ai tellement gardé l'espoir... jusqu'à la dernière minute... j'aurais donné mon sang pour toi, car ce n'était pas possible d'imaginer qu'on puisse t'enlever à nous, à moi surtout ! toi qui était tellement fort ! toi qui a été tout pour moi depuis toujours. Mais tu t'es trompé à moitié lorsque tu m'as dit « ce sont les parents qui restent toujours près de leur enfant. Les autres sont volatiles ». car tu n'es plus là aujourd'hui, et tu es le premier à m'avoir laissé tomber...
Mais j'ai beau avoir assisté à tout, t'avoir veillé à la maison pendant 4j avant les obsèques, avoir été présente tout le long de cette journée de mardi, et avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, je n'arrive pas à me résoudre à cette fin et j'espère toujours que je vais me réveiller.
Et j'avais beau dire qu'on avait le temps, en pensant que tu t'en sortirais comme pour tout ce que tu as toujours combattu, je regrette aujourd'hui de ne pas avoir passé plus de temps à tes cotés, toi qui le méritais plus que tout autre... Toi le puit de connaissances qui m'avais toujours prévenue qu'un jour tu ne serais plus là. Mais je ne voulais pas entendre, et surtout pas imaginer quelle serait ma vie sans toi aujourd'hui. On a beau dire, mais le temps passe tellement vite ! et je n'avais jamais perdu quelqu'un jusqu'alors. Alors te perdre le premier...
Tu étais tellement exceptionnel. Et la journée de mardi fut révélatrice de ton exception, avec tout ce monde, la lecture de nos lettres, les portes drapeaux de la résistance qui t'ont rendu hommage, les discours élogieux des maires à ton égard et pour finir ces 18 énormes gerbes de fleurs. Tu aurais été fier, mais pas autant que nous ne le sommes tous de toi.
Tu vois mon papa, j'avais encore tout cela à te dire, et bien tant d'autres choses... mais la plus importante d'entre toutes, et que je t'ai toujours dite et inversement, c'est que je t'aime plus que tout au monde.
Malheureusement, tu n'as pas pu attendre quelques jours de plus, lorsque nous avons reçu une lettre du Ministère qui t'annonçait que tu allais être décoré Chevalier de la Légion d'Honneur. Tu aurais été tellement fier que tout tes combats soient récompensés. L'Honneur suprême tu le méritais amplement.
La vie sans toi n'est plus la même, et je pense que la mienne a changé à tout jamais...
Je t'aime plus que tout au monde.